Les operateurs mobiles et le dangereux business religieux

Les communautés religieuses sont devenues le terrain de chasse des opérateurs de téléphonie mobile en quête de nouveaux leviers de croissance et avides de nouvelles opportunités de revenus.

Dans les années 2 000, au plus fort du boom du mobile, les majors s’étaient données la consigne ferme d’éviter tout lien avec le politique et le religieux. Ces domaines «réservés» étaient des lignes rouges car drainant trop de passion. Les sollicitations envers les opérateurs étaient «poliment» refusées ou traitées en sous-terrain pour ne pas attiser l’indiscrétion du grand public.

Aujourd’hui, les opérateurs ne s’interdisent plus rien. Ils sont prêts à tout et grouillent d’ingéniosité pour trouver de nouveaux marchés, des relais de croissance comme ils aiment bien le dire. A la faveur également du phénomène des réseaux sociaux, le communautarisme s’est exporté grandement dans le digital. Sur l’autel de la proximité, de la solidarité et de l’impérieuse nécessité du partage qu’impose la plupart des grands courants religieux, se construisent de nouveaux «business model» d’opérateurs.

Naguère prudents, ils n’hésitent plus à proposer aux guides religieux des solutions pour entretenir la foi de leurs ouailles ou recueillir avec plus d’efficacité les prébendes des offrandes, dimes ou tout autre espèces sonnantes et trébuchantes.

Voici une série de services intégrés dans ce nouveau business développé par certains opérateurs pour les guides religieux:

  • Le verset/parole du jour. Un SMS (surtaxé ou compris dans un package) est transmis chaque jour au fidèle religieux pour entretenir sa foi. La sélection des paroles est faite par les guides religieux.
  • Les tarifs roaming spéciaux pour lieux de pèlerinage. A Lourdes, à la Mecque, à Jérusalem, etc. les clients de la «flotte» religieuse gardent leurs numéros locaux tout en profitant d’une tarification roaming qui serait plus avantageuse.
  • Le shortcode pour payer sa cotisation. Des cotisations annuels sont parfois fixées dans les grandes communautés religieuses qui évoluent en réseau. Pour être à jour des cotisations, il suffit maintenant de composer une syntaxe. L’ opérateur offre désormais la possibilité d’être prélevé directement à partir des crédits téléphoniques ou des services de transferts d’argent électronique (mobile money)
  • La plateforme de services dédiés. Les religions sont aussi animées de secrets et de modes de fonctionnement dédiés. Pour ce
    faire à partir d’une syntaxe, des coreligionnaires peuvent se passer des consignes et accéder à certains services privilégiés qu’ils partagent en commun.

Les avantages de ce concept sont nombreux pour l’opérateur et la communauté religieuse. Pour l’opérateur, ce sont des rechargements récurrents (un minimum de consommation mensuelle est imposée pour rester dans le groupe) et des services à valeur ajoutée bien rémunérés. Quant aux leaders de communautés religieuses, ils y voient le moyen de garantir par les nouvelles technologies des recettes indispensables à leur expansion et leur fonctionnement.

Ne faudrait-il pas craindre, cependant, un effet boomerang  face à la fragilité de l’équilibre social dans les pays africains? Plusieurs réseaux mobiles ont déjà fait les frais dans nombre de pays pour un supposé soutien à une cause. Il deviendrait logique pour certains, de penser que, pour faire taire son «ennemi» il faut mettre à mal le réseau téléphonique privatif sur lequel il trafique. Par ailleurs qui contrôle la légalité de cette pratique et juge des différends ? Pour le moment personne.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s